14 juin 1915

Enfin [...] on s'habitue à cette vie, et je songe parfois, que dans un mois d'ici, j'aurais dix-neuf ans, et je serais bien près de les étrenner sous un beau feu d'artifice.

Depuis le 10 avril, Emile Moureu est à Joinville-le-Pont, élève-aspirant à l'École d'Instruction Militaire des officiers. Ses lettres à sa soeur et à ses parents font le récit de son quotidien militaire et, lors des moments de loisir et de temps libre, de ses visites à Paris et ses environs.


Lundi, 14.

Cher papa,

Je ne réponds qu'aujourd'hui à la fois à la lettre d'Anna et de maman. Avez-vous reçu ma lettre ?

Hier, dimanche, j'ai été à Paris, et j'ai été à la fois à la rue Dalou et, enfin, à la rue Gustave-Flaubert. Tante a dû hier vous écrire. Je l'ai trouvé très bien, mais seulement le petit Louis venait de partir. Elle n'est pas bien malheureuse, d'ailleurs, puisque Clément est encore à Poitiers, et artilleur ! Or maintenant que je puis en juger réellement, dans la guerre actuelle, c'est le fantassin qui trinque, qui fatigue, et qui vainct. On peut être fier de l'être, et on l'est !
Mesdames Elissabarats m'avaient préparé un petit dîner soigné, mijoté : j'y suis reçu on ne peut mieux, et toujours invité dès le début de la semaine.
La prochaine fois que j'irai à Paris, j'ai promis d'aller dîner chez Tante. Vous voyez, on se dispute votre jeune soldat.
Je n'ai pas encore reçu votre colis.

A Sauveterre, quoi de nouveau ? Parlez -moi de tout ce qui peut m'intéresser. Je confie cette mission à ma "gazette". Ici, tout marche, temps, jambes, et le reste. Et de plus en plus, avec ce temps superbe on sue, mais on sue !

Enfin, de plus en plus, on s'habitue à cette vie, et je songe parfois, que dans un mois d'ici, j'aurais dix-neuf ans, et je serais bien près de les étrenner sous un beau feu d'artifice. C'est charmant, pareil spectacle, à dix-neuf ans, - et quel retour !

Je vous quitte, papa, maman, Anna, en vous embrassant tous de tout coeur. Emile.


Écouter la lettre du 14 juin 1915

Le Musée Massey à Tarbes

Le Musée Massey est le premier musée au monde à présenter une collection retraçant l’histoire des Hussards.
Ce corps d’armée de cavalerie légère, qui puise ses origines en Hongrie, a contribué au renom de la ville de Tarbes.

Ces trois documents présentés proviennent du Musée Massey de Tarbes auquel la famille d'Émile Moureu en avait fait don.

Site internet du Musée Massey de Tarbes

 

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